Dakhla, une ville tournée vers l’océan
À l’extrême sud du Maroc, Dakhla s’avance comme une presqu’île entre Atlantique et désert. Ici, la mer n’est pas seulement un paysage : elle est la principale source de vie économique et sociale.
La plupart des familles de la région dépendent directement ou indirectement de la pêche. Des milliers de marins, d’ouvriers de la transformation et de commerçants vivent du poisson et, plus particulièrement, du poulpe qui fait la réputation mondiale de Dakhla.
Le littoral est jalonné de villages de pêche artisanale, tels que Lassarga, Labouirda, Ntirift ou Imoutlan, qui servent de bases logistiques aux barques. Chaque saison, ces points d’ancrage voient affluer des centaines d’embarcations prêtes à partir en mer.
Le port de Dakhla, pour sa part, concentre l’essentiel des débarquements et joue un rôle de hub régional pour la collecte, le conditionnement et l’expédition des produits de la mer.
Le poulpe, richesse emblématique de Dakhla
Si de nombreuses espèces sont capturées le long de la côte, c’est bien le poulpe qui domine l’activité halieutique de la région. Ce céphalopode, très prisé sur les marchés internationaux, est devenu la « signature » de Dakhla.
La pêcherie du poulpe est cependant fragile. Pour éviter la surexploitation, les autorités marocaines imposent un repos biologique plusieurs fois par an. Pendant ces périodes, la pêche est totalement interdite afin de permettre à l’espèce de se reproduire et de se renouveler.
Une fois la saison ouverte, les quotas sont fixés par zone géographique, et les marins doivent respecter des règles strictes de capture et de débarquement.
En janvier 2025, le lancement de la campagne hivernale a rapidement confirmé l’importance du poulpe : en une semaine, près de 1 700 tonnes ont été débarquées, représentant déjà un quart du quota autorisé.
En juillet 2025, la campagne estivale a repris après trois mois de repos, avec un total autorisé de plus de 19 000 tonnes réparties sur différentes zones de pêche au large de Dakhla.
Débarquements en baisse en 2025
Si la pêche au poulpe reste dynamique, les statistiques globales témoignent d’un recul. Selon l’Office national des pêches (ONP), le port de Dakhla a enregistré 57 320 tonnes de produits côtiers et artisanaux entre janvier et juillet 2025, soit une baisse de 21 % par rapport à la même période en 2024.
Cette diminution est due à plusieurs facteurs :
- la mise en œuvre de quotas plus restrictifs pour préserver la ressource,
- des conditions climatiques parfois difficiles (vents, houle) qui limitent les sorties,
- et la baisse de certaines espèces de poissons accompagnant le poulpe dans les débarquements.
Pour les pêcheurs et les mareyeurs locaux, ces chiffres sont un rappel de la nécessité d’équilibrer exploitation économique et durabilité.
Une gestion encadrée et nécessaire
La richesse halieutique de Dakhla est gérée avec soin. Les autorités mettent en place une réglementation détaillée :
- Des quotas annuels fixés selon les études scientifiques
- Des zones de pêche délimitées, avec des volumes autorisés différents selon la localisation
- Contrôles au débarquement dans les villages et au port
- Des périodes de repos biologique obligatoires.
Ces mesures, parfois contraignantes pour les pêcheurs, sont pourtant indispensables pour préserver une ressource qui reste la principale richesse de la région.
La stratégie nationale vise à garantir un équilibre : maintenir des volumes suffisants pour faire vivre l’économie locale, tout en assurant le renouvellement des stocks pour les années à venir.
Une filière créatrice de valeur
La pêche ne se limite pas aux marins qui partent en mer. Toute une chaîne de valeur existe autour des débarquements : tri, conditionnement, transformation, congélation et exportation. À Dakhla, plusieurs unités industrielles transforment le poulpe et d’autres espèces pour les envoyer vers l’Europe et l’Asie.
Lors de certaines campagnes passées, les retombées économiques ont été spectaculaires. En 2021, par exemple, la pêcherie artisanale du poulpe à Dakhla avait généré plus de 330 millions de dirhams de chiffre d’affaires en moins de deux mois.
Ces revenus profitent non seulement aux marins, mais aussi à une large économie locale : transporteurs, grossistes, vendeuses de poisson sur les marchés, restaurateurs, etc.
Diversification : aquaculture et nouvelles perspectives
Au-delà de la pêche traditionnelle, Dakhla est en train de devenir un centre majeur de l’aquaculture marocaine. Sa lagune et ses eaux pures offrent des conditions idéales pour l’élevage de coquillages, en particulier les huîtres, qui sont désormais un produit phare de la région.
Plusieurs fermes aquacoles se sont développées au cours des dernières années, créant de nouveaux emplois et diversifiant les sources de revenus.
L’aquaculture vient compléter la pêche et contribue à sécuriser l’avenir halieutique de Dakhla. Elle permet aussi de répondre à la demande croissante en produits de la mer, sans dépendre uniquement de la ressource sauvage.
Le futur port Dakhla Atlantique
Un autre projet d’envergure marque l’avenir de la filière : la construction du port Dakhla Atlantique, annoncé pour 2029. Ce nouvel équipement, plus vaste et mieux adapté que l’actuel port, doit permettre d’accueillir de plus gros navires, d’améliorer les capacités logistiques et de renforcer la position de Dakhla comme pôle halieutique stratégique du Maroc.
Pour les acteurs de la pêche, ce projet représente une opportunité majeure d’améliorer les conditions de travail, de fluidifier les circuits d’export et de consolider l’image de Dakhla comme capitale maritime du Sud.
Conclusion : une richesse à préserver
La pêche à Dakhla est bien plus qu’une activité économique : c’est l’âme de la région. Elle fait vivre des milliers de familles et façonne le quotidien des habitants. Mais cette richesse repose sur un équilibre fragile. Les baisses récentes de débarquements montrent que la ressource n’est pas inépuisable.
L’avenir de Dakhla passera donc par une gestion durable, l’application stricte des quotas, et le développement de filières complémentaires comme l’aquaculture. Entre tradition et modernité, la région doit continuer à tirer parti de son potentiel marin tout en protégeant ce patrimoine pour les générations futures.